obsolete.studio
En / Fr

Low Tech
Computing
Design
 / Focus

Low-tech, une solution idéale

Diane Pricop
21.07.22

“La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas!” Difficile de trouver l’auteur.e de cette citation tant elle est utilisée à grande échelle dans la politique et les médias. Sortie de son contexte et employée comme un slogan commercial, elle crée tantôt des vagues d’approbation, tantôt des vagues d’indignation. À l’image de la technologie, son sens varie en fonction de celui que l’on veut bien lui donner. C’est le dilemme auquel la démarche low-tech fait face ; elle est au cœur des débats contemporains et, pourtant, gagne de plus en plus de reconnaissance auprès des institutions officielles. Les artistes, designer.e.s et penseur.e.s qui s’intéressent aux nouvelles technologies lui rendent justice en adoptant un raisonnement conforme à sa définition : utile, accessible, durable.

Loin de l’image technophobe qu’elle renvoie, la low-tech incite plutôt à repenser la pertinence des usages technologiques et se fait volontiers alliée de la high-tech par une logique de complémentarité. Penser low tech, c’est exercer son esprit critique par rapport aux objets que nous utilisons et ce que nous en faisons. C’est cette entrée que Nathalie Guimbretière emprunte pour rallier sa démarche à la Soft robotic, celle de l’anthropologie des techniques ; cette discipline cherche précisément à définir le rôle et l’usage d’objets ou de technologies, et à comprendre l’impact sur le comportement humain et social. Un de ses penseurs des plus connus, André-Georges Haudricourt nous dit “n'importe quel objet, si vous l’étudiez correctement, toute la société vient avec”.

Comprendre les relations que les individus entretiennent avec les technologies est essentiel dans la recherche en design, et pour les innovations techniques. Mais il convient aussi de comprendre de quoi les objets que nous utilisons sont faits ; en décortiquant et analysant leur composition depuis leurs matières premières, leur provenance, leur méthode d’extraction et de fabrication, leur coût, leur impact humain et environnemental. Parce que nos modes de consommation, particulièrement en occident, n’ont pas changé depuis les Trente Glorieuses, pour au contraire s’exacerber, et que notre société a échoué à s’adapter aux mutations engendrées par ce style de vie. Aujourd’hui, plus que jamais, les designer.e.s endossent la responsabilité d’apporter des solutions nouvelles dans le respect des droits humains et de l’écologie, et au détriment du consumérisme.

Alors la low-tech apparaît comme une solution idéale car elle nous encourage à remettre en question nos habitudes pour ensuite modifier notre schéma de pensée. La Soft robotic regorge d'anecdotes à ce sujet ; les chercheur.e.s de la NASA ont identifié des tunnels de lave sur la lune, des cratères larges de 500 à 900 mètres, qui pourraient servir d’espaces de stockage pour le matériel à long terme. Sauf que les robots rover utilisés pour explorer les sites, sont conçus pour des terrains lisses, et leur design actuel les mènent à leur perte, ou leur dégradation. Pour éviter cela, les scientifiques ont lancé un appel à projet: une des idées gagnantes est un soft robot inspiré de scolopendres, habillé d’un tissu capable de se régénérer seul. Ses mouvements seront organiques et il pourra s'adapter en milieu imprévisible. L’originalité du projet le classe d’office dans la catégorie des innovations, et la technologie employée n’est destinée qu’à certaines opérations spécifiques.

Pourtant, les matériaux utilisés pour produire les soft robots, et la chaîne de fabrication remettent en question le caractère low-tech de cet exemple. Mais si nous allons dans cette direction stricte, la question pourrait aussi se poser pour un vélo, nous le rappelle Philippe Bihouix. Car c’est la démarche qui compte ; arriver à modifier nos images mentales des robots ou bien de l’art, s’interroger sur nos façons de vivre et nos conditionnements, observer et s’inspirer de notre environnement. Il ne s’agit pas d’abandonner toutes formes de technologies, mais bien de les comprendre, et de se les approprier pour un usage pertinent et durable. Et si Selma Lepart et Nathalie Guimbretière souhaitent créer un kit de Soft robotic accessible, c’est surtout dans l’idée d’enseigner cette flexibilité de l’esprit.

Penser low-tech est un excellent exercice qui met notre cerveau à rude épreuve.
Étape par étape, nous arriverons à nous éduquer au changement et au discernement, dans le but de réduire notre empreinte écologique et les injustices sociales.

Après tout, c’est la nature qui inspire les idées les plus judicieuses ; “les inventions ne sont que des imitations ratées”, Haudricourt en grand observateur a une fois de plus visé juste.

Artistes

Selma Lepart
Nathalia Guimbretière

Projet