Jusqu’à preuve du contraire, nous ne pouvons pas entendre les ondes radio directement, il nous faut un dispositif pour traduire les ondes en son. La théorie nous dévoile que certains éléments dans la nature seraient un moyen de faire cette traduction sonore. Mais avant d’aller trop loin, Sébastien souhaite vérifier la première partie de la théorie et se procure un récepteur qui va lui permettre de capter les ondes.
Maintenant installé sur l’île d’Andøya pour trois semaines de résidence, Sébastien explore son terrain, fait des randonnées jour et nuit. La première difficulté est de trouver le bon endroit pour se poster et attendre, il ne doit pas s’éloigner de sa base au cas où il doit partir sur le terrain en urgence, mais doit être suffisamment loin pour ne pas capter les ondes créées par une quelconque activité humaine. Car n'importe quel appareil électronique crée des ondes VLF, et pour les éviter, il faut s’en éloigner de 2 voire 3 km. Il finit par trouver un spot à 45 minutes de marche. La seconde difficulté est d’ordre naturel ; nous sommes en octobre 2021, une période intermédiaire qui devrait permettre à Sébastien de faire ses recherches de jour comme de nuit, seulement, les prévisions géomagnétiques ne sont pas favorables. Mais dans la nuit du 11 au 12, une tempête géomagnétique éclate, Sébastien prépare son matériel et passe la nuit dans la montagne à enregistrer, avec succès, les aurores boréales.
La rencontre avec les peuples autochtones aura représenté un obstacle de plus pour l’artiste qui, pour la première fois de sa carrière, est parti seul dans cette expédition. C’est pendant la dernière semaine de résidence, en tant qu’invité du Insomnia festival, qu’il a l’occasion d’attirer l’attention sur son projet et de rencontrer quelques intéressé.e.s qui répondent à ses questions : contrairement à ce que laissaient entendre les écrits étudiés pendant la genèse du projet, le terme “guovssahas” n’est en réalité qu’une légende urbaine, et les aurores boréales n’ont qu’une place symbolique moindre dans la culture Sàmi. Mais si leur son est une réalité bien connue des habitant.e.s des différentes régions de l'Arctique, et fait l’objet des récits des aïeux, Sébastien n’a rencontré personne l’ayant vraiment vécu.