obsolete.studio
En / Fr

Computing
Biologie
Patrimoine
 / Focus

Comment conserver le savoir dans l’ère de l’information

Diane Pricop
29.11.23

Quand il s’agit de mélanger l’art et la science, les résultats peuvent être étonnants. Les différents projets artistiques qui impliquent une recherche liée aux sciences nous montrent que les possibilités sont multiples ; les artistes s’intéressent à des sujets peu explorés car sans intérêt commercial, ou ils.elles vont au contraire creuser dans des domaines reconnus pour apporter une vision alternative, ou bien encore, il peut en résulter la création de mouvements et de médium propres. Nous savons que l’art a historiquement évolué en fonction des avancées technologiques, et donc des découvertes scientifiques, allant jusqu’à démocratiser les outils et les méthodes auprès du grand public. Le meilleur exemple contemporain serait celui de la culture digitale, dont l’évolution rapide mais certaine a profondément influencé les sociétés du XXe et XXIe siècle.

L’utilisation d’internet et l'avènement du web auront eu un impact majeur sur le monde entier. Ainsi, dans les années 1980, nous sommes entré.e.s dans l’ère de l’information. Ce n’est qu’une décennie plus tard que le phénomène prend de l’ampleur, si bien qu’aujourd’hui, l’afflux de données est devenu si conséquent, qu’il est de plus en plus difficile de déceler le vrai du faux. Pourtant, la fonction de stockage du web en fait toujours un outil indéniablement pratique et utile. La même chose est en train de se produire avec les NFT, devenus, eux, un médium artistique ; issus directement de la technologie blockchain, ils assurent la protection de données par leur caractère immuable, transparent et unique. Ces caractéristiques font tout l’intérêt des NFT comme solution potentielle aux enjeux liés à la préservation des savoirs, une question qui a fasciné des générations d’artistes et d’historiens à travers les siècles.

Alors comment fait-on pour garder le savoir ? L’histoire occidentale nous raconte ses impasses improbables et ses fossés de connaissances d’une ère à l’autre. La machine d'Anticythère pourrait en être l’emblème ; Jusqu'alors, les invasions, les guerres et les croisades ont été la cause de la disparition des technologies avancées. Plus nous avancerons dans le temps, et plus les catastrophes environnementales gagneront une place sur le podium des causes d’extinction culturelles. L’archéologie joue un rôle clé dans la re-découverte des savoir-faire oubliés et des cultures ancestrales, mais ce sont certain.e.s artistes chercheur.e.s contemporain.e.s, comme Anna Dumitriu, qui prennent soin d’intervenir sur les problématiques persistantes liées. Et généralement, les réponses aux problèmes du passé ont tendance à varier avec le progrès technologique, dans un processus long et évolutif, comme un cycle paradoxal.

Quand les artistes entrent dans les phases d’expérimentations des nouvelles technologies, ils.elles produisent à foison pour en tester les limites et explorer les dérives et les résultats. Ceux-ci sont toujours fructueux ; les débouchés peuvent être spéculatifs mais néanmoins nous donnent à voir la concrétisation d’une possible solution ou revers futur. La plupart du temps, l’expérimentation tend à être banalisée en une nouvelle pratique artistique, comme les arts numériques l’illustrent si bien. Ainsi, il se pourrait bien que les NFT remplissent une mission bien plus importante qu’une simple vocation commerciale, et Anna fait partie de celles et ceux qui les appliquent à d’autres domaines d’intérêt.

Photo credit : Alex May

D’après l’artiste James Bridle, nous traversons un nouveau moyen-âge dans lequel nous modifions nos schémas de pensée pour intégrer toujours plus d’informations aveuglément. Heureusement, des artistes tel.le.s que Anna Dumitriu ont su se frayer un chemin dans la jungle numérique pour en tirer le meilleur, et nous pousser à réfléchir aux solutions constructives. Travaillant main dans la main avec les archéologues et les scientifiques, elle veille à nous remémorer les histoires oubliées et notre rôle pour notre futur commun, comme une gardienne de l’humanité.