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Lygophilia

Diane Pricop
03.01.25
Photo credit : Miha Godec

L’immortalité est un thème fondamental dans l’histoire de l’humanité ; qu’il s’agisse de la vie éternelle ou de la vie après la mort, qu’elle concerne le corps et/ou l’esprit, le sujet est abordé dans toutes les cultures, religions et philosophies, aussi ancestrales soient-elles, et fait toujours l’objet d’interprétations et de spéculations diverses. Avec la théorisation de l’évolution au XIXe siècle, les scientifiques se penchent sur la question du point de vue biologique et s’intéressent au rajeunissement cellulaire ou encore au cycle de vie réversible chez certaines espèces, bactéries et levures. La multiplication des études a permis de réaliser des progrès importants au cours des dernières décennies, notamment en médecine, et aujourd’hui, plus que jamais, avec le développement des biotechnologies, de faire un pas de plus dans la quête pour l’immortalité. Parmi les espèces qui fascinent par leurs capacités exceptionnelles, l’axolotl est l’une des plus citées et mondialement réputées ; c’est l’une des créatures que Robertina Sebjanic a choisi d’explorer à travers son projet Lygophilia, aux côtés du moins connu proteus slovène, qui présente des similarités. En observant leur histoire, elle invite à poser un regard empathique sur le traitement des êtres vivants plus qu’humains, et à questionner notre responsabilité face aux écosystèmes aquatiques.

C’est donc à partir du sujet qui taraude le monde entier depuis des millénaires que Lygophilia prend sa genèse. Au cours de ses recherches pour son projet Aurelia 1+HZ en 2014 qui aborde les modes de communication entre les méduses, Robertina s’inspire d’une espèce considérée comme biologiquement immortelle. La Turritopsis Nutricula notamment, une petite méduse originaire du Japon, est capable de passer de son état adulte au stade de polype quand elle se trouve en situation de péril, comme quand elle manque de nourriture par exemple. Cette capacité unique d’inversion lui permet d’éviter une mort naturelle si elle ne fait pas face à d’autres facteurs extérieurs, dans ce sens elle est immortelle mais pas indestructible. Alors que l’artiste se passionne pour ce thème et voulant se détacher des méduses, elle continue ses recherches sur les espèces aquatiques aux caractéristiques de régénération ou de juvénilisation, et tombe sur l’axolotl, une salamandre vivant dans les eaux douces de Mexico. Au-delà de ses attributs biologiques remarquables, elle s’intéresse aux expérimentations scientifiques effectuées au fil du temps et à leur situation actuelle.

Elle se penche d’abord sur l’histoire de ces animaux ; les premières études remontent à la Grèce Antique et parcourent différents pans de l’histoire. Après la conquête espagnole du Mexique au XVIe siècle, le médecin Francisco Hernandez fait référence à l’axolotl, son nom Nahuatl et langue des Aztèques, avant de le rebaptiser Piscis Ludicrous. Nous le retrouvons seulement à partir de 1789 dans les écrits, et en 1800, deux spécimens vivants sont envoyés au naturaliste français Georges Cuvier, l’un des précurseur de l’évolutionnisme, qui décrète que “les axolotls étaient la forme larvaire d'une espèce inconnue respirant l'air1”, mais ne va pas plus loin. Ce n’est qu’en 1863 que l’histoire prend une tournure différente : six axolotls adultes sont envoyés au Jardin des Plantes à Paris depuis Mexico City, où Auguste Duméril observe pour la première fois leur capacité de régénérer leur membres, de se métamorphoser, et surtout de rester éternellement jeunes. L’axolotl (Ambystoma Mexicanum) est un type de salamandre qui atteint l’âge adulte et donc sa maturité sexuelle, sans forcément passer par une phase de métamorphose. Pour la plupart des salamandres, la vie débute dans l’eau sous forme de têtard, avant de subir des transformations nécessaires qui vont lui permettre de survivre sur terre ; elles perdent leur branchies externes et leur nageoires, les poumons, les paupières et la bouche se développent, des dents apparaissent. En ce qui concerne les capacités de régénération des membres, c’est un attribut commun chez les salamandres. L’axolotl se différencie donc par la conservation de ses caractéristiques juvéniles, qui est en réalité dûe à une altération dans sa production d’hormones thyroïdiennes (ce que les scientifiques découvriront bien plus tard). Il ne subit pas de métamorphose et garde son aspect larvaire, bien qu’il développe sa taille et son système reproducteur, c’est ce que l’on appelle la “néoténie”, théorisée une vingtaine d’années après les découvertes d’Auguste Duméril.

Toutes ces observations sont émises à la suite de séries d’expérimentations sur les axolotls, l’espèce fascine tant la science au point que leur population augmente dans les laboratoires. Il est intéressant de noter que l’une des plus grandes révolutions scientifiques de l’histoire a lieu en Europe au milieu du XIXe siècle, pendant que le Mexique au même moment, fraîchement indépendant, continue de faire face à un enchaînement de crises politiques et de guerres causées par des siècles d’occupation espagnole. Comme une métaphore sombre, les scientifiques européens ont gardé les axolotls mexicains captifs et effectué nombre d’expériences que l’on peut qualifier de cruelles, au nom du progrès et de la prospérité. Sachant tout cela, Robertina se pose une question pragmatique : comment parler en tant qu’artiste européenne d’une créature venue d’un autre continent ? Bien qu’elle soit slovène et que l’histoire de son pays soit loin de celle de ses voisins occidentaux en terme de rapports de force géopolitiques, elle ne souhaite pas éviter le sujet, et prend en compte les relations coloniales entre l’Europe et le Mexique dans sa démarche, qu’elle tentera de faire transparaître dans son installation par la suite, comme point de départ de sa réflexion.

1Henderson, Caspar

The Book of Barely Imagined Beings. A 21st Century Bestiary, Chicago and London: The University of Chicago Press, 2013.

En 2017, Robertina s’envole pour le Mexique. Invitée par le curateur Pedro Soler pour le Transition Festival au CENART, elle continue ses recherches soutenues par l’équipe de Arte+Ciencia de l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM) portée par Maria Antonia Gonzalez Valerio, qui la met en contact avec Roberto Rojas Madrid, son assistant et interprète. Au cours de son séjour, elle débat avec les chercheur.e.s, artistes et philosophes du département, produit des interview, part sur le terrain observer les axolotls en liberté, filme et enregistre les sons de leur habitat naturel, tout en essayant de comprendre l’ampleur de la dimension culturelle et symbolique de l’animal pour les mexicain.e.s. D’un point de vue biologique, elle apprend que la réalité est bien plus complexe qu’elle n’y paraît ; l’axolotl n’est pas complètement hermétique à la métamorphose s’il est exposé aux hormones thyroïdiennes dont il a besoin, alors il continue de se développer pour vivre sur terre. En fait, sa néoténie totale est due aux expérimentations en laboratoire, c’est une modification génétique artificielle. Il est d’ailleurs très difficile aujourd’hui de trouver un axolotl qui ait conservé ses caractéristiques d’origine. Malgré tout, cela fait de lui un spécimen parfait pour l’étude des cellules souches.

Robertina rencontre également les écologistes du CIBAC (Centro de Investigaciones Biológicas y Acuicolas de Cuemanco), une organisation qui soutient l’enseignement et la recherche pour la conservation d’espèces endémiques du lac Xochimilco à Mexico City, pour comprendre les enjeux environnementaux liés à la préservation des axolotls. Ces eaux sont aujourd’hui leur dernier habitat naturel, menacé néanmoins par le réchauffement climatique, l’introduction récente d’espèces de poissons invasives, l’urbanisation massive de la ville, et le tourisme. En effet, l’axolotl vivait également dans le lac Chalco qui a été complètement drainé pour prévenir le risque d’inondations, n’avait pas de prédateur naturel jusqu’à l’apparition de la tilapia africaine et de la carpe asiatique pour répondre aux besoins alimentaires de la population, et doit céder la place aux pagodes colorées qui attirent les touristes du monde entier. Un autre paradoxe provoqué par la main humaine touche les axolotls : bien que l’espèce soit en danger d’extinction, sa population n’a cessé de croître artificiellement, leur élevage servant à la fois aux expérimentations scientifiques et à des fins commerciales (domestication).

Robertina s’intéresse aussi à la dimension culturelle ; les Aztèques, conscient.e.s des propriétés régénératives de l’axolotl, pensaient que celui-ci était une manifestation divine ou le passeur des âmes vers le monde des morts. Ielles en utilisaient déjà des parties comme ingrédient culinaire ou remède médicinal traditionnel, au même titre que le musc chez certaines populations en Asie par exemple. L’artiste profite de son séjour pour acheter toutes sortes de produits dans les marchés locaux qui font usage de l’axolotl ; crèmes, cachets, sucettes.. Elle collecte également des souvenirs touristiques, un billet de banque, un bijou à son effigie, mais aussi des publications, dont un roman de science fiction et un livre pour enfants. Robertina l’a compris dès son arrivée à Mexico City, l’axolotl n’est pas un simple animal, il est l’une des représentations de l’identité du peuple mexicain. Ce qui la renvoie vers une autre salamandre, proche de l’axolotl pour ses capacités biologiques, et qui pourtant vit dans des grottes à l’autre bout du monde, lui aussi emblème national de son pays ; le proteus.

Le Proteus Anguinus, ou olm, ou encore “poisson-humain”, vit dans les eaux des grottes du Karst Dinarique, un relief montagneux qui s’étend entre l’Italie, la Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Plongé dans l’obscurité, le proteus est aveugle et se repère principalement grâce à son odorat et son ouïe. Son allure de serpent à pattes lui vaut des récits légendaires agrémentés par son caractère néoténique et sa longévité qui peut atteindre 100 ans. Lui aussi fait l’objet d’observations et d’études à partir de la fin du XVIIIe siècle, est élevé par milliers en captivité à des fins scientifiques, et est envoyé dans des laboratoires de recherche aux quatre coins du monde. Charles Darwin le cite même dans son célèbre ouvrage L’origine des espèces. Au cours du XXe siècle, il devient vulnérable face aux changements climatiques, notamment à cause de l’altération de son habitat dû à la pollution chimique, et atterri également entre les mains de collectionneur.se.s à travers le marché noir, ce qui contribue d’autant plus à sa mise en danger d’extinction, malgré la prise de mesures légales. D’un point de vue culturel, le proteus est présent dans le folklore des communautés locales depuis des siècles, et son image se retrouve en Slovénie dans nombre d’artefacts et souvenirs que Robertina prend soin de collecter, comme des timbres, des pièces de monnaie, ou encore du chocolat artisanal. Mais si le proteus présente des similarités avec l’axolotl au niveau biologique, et symbolique, l’histoire lui a épargné une popularité globale aux conséquences néfastes, il n’est pas possible de s’en procurer un comme animal domestique.

Photo credit : Miha Godec
Photo credit : Miha Godec

Vient le moment de concevoir la série d’œuvres qui feront partie du projet ; au cours des trois années de recherches et de production, Robertina en collaboration avec chercheur.e.s, curateur.rice.s, artistes et artisan.e.s, produit 4 installations et une publication. Elle le nomme Lygophilia provenant du grec et signifiant “amour du crépuscule”. L’ensemble du projet est soutenu par le Ministère de la Culture de Slovénie, et la ville de Ljubljana, et est produit par les musées et galeries de Ljubljana (MGML), Zavod Projekt Atol, UNAM, Sektor Institute et R.S Studio. Elle bénéficie également de l’appui d’Annick Bureaud, qui guide et soutient le processus de création.

Alors qu’elle est encore au Mexique, elle réalise une première installation destinée à faire l’objet d’une exposition au CENART dans le cadre du Transition Festival, mais deux jours avant l’ouverture au mois de Septembre 2017, un tremblement de terre violent s’abat sur le pays. Les laboratoires de recherche du CIBAC sont détruits, et l'œuvre aussi. Elle doit alors repenser l’ensemble de l’exposition et se rabat sur son essai vidéo nommé Piscis ludicrous / Transfixed Gaze, dans lequel elle reprend les données recueillies. Il s’ouvre sur une citation de Dark Ecology de Timothy Morton qui renvoie au rejet de l’anthropocentrisme : la Nature englobe humains et plus qu’humains dont les écosystèmes interconnectés font la complexité de la crise écologique que nous ne pouvons comprendre entièrement et dont nous devons accepter l’opacité. Un parallèle pour le moins ironique avec la référence à Francisco Hernandez. La vidéo, narrée par Polona Torkar et Matija Drobne, est divisé en six chapitres dans lesquels elle explique les théories liées à l’origine du nom de l’axolotl, relate des pans de mythologie et leur vie de laboratoire en Europe, et met en valeur les enjeux critiques pour leur survie dans la nature, le tout sur fond d’images et sons enregistrés sur le terrain.

Entre-temps, Robertina approfondit ses recherches sur le proteus grâce à une collaboration avec les chercheur.e.s et spéléologues Gregor Aljančič et Dr. Magdalena Năpăruş Aljančič du Tular Cave Laboratory. Elle part en exploration dans l’habitat naturel des proteus sur le lac Planina et dans la grotte Zelške en Slovénie, où elle y enregistre des sons à l’aide d’un hydrophone, un microphone qui s’utilise sous l’eau. Elle crée une composition sonore, Dark Drops, qui suggère une réinterprétation de notre perception du temps et de l'espace dans les environnements sous-terrains, inhospitaliers pour les humains. Rythmée par les gouttes, les échos et le silence, la composition nous transporte tantôt dans un havre de tranquillité, tantôt dans une zone inquiétante et mystérieuse de notre imagination, qui néanmoins nous connecte à cet environnement si particulier, tout en nous transmettant des informations biologiques et géologiques. L’artiste produit un vinyle et plus tard, développera cette partie du projet en une installation plus complexe.

Quelques mois après le tremblement de terre, elle reprend son idée originale d’installation. Neotenous Dark Dwellers inspire une iconographie fortement connotée à mi-chemin entre le cabinet de curiosités et le musée scientifique ; Robertina conçoit deux grands cabinets de verre et de métal, chacun dédié à son animal, dans lesquels elle entrepose les objets collectés au cours de ses voyages, des illustrations, cinq sculptures en verre représentant les salamandres, un phénakistiscope (ancêtre de l’animation, il s’agit d’un appareil circulaire dont le disque est composé d’images, qui en rotation, donne l’impression de mouvement) et sa pièce Dark Drops. L’artiste produit d’abord des prototypes en argile avant de faire appel à deux souffleur.e.s de verre, le studio Jireh Glass au Mexique pour l’axolotl et Pero Kolobarić en Slovénie pour le proteus, un geste important pour elle. Une anecdote amusante et significative à la fois est qu’au moment où elle entame la collaboration avec ielles, chacun.e connaît parfaitement son animal, mais aucun.e n’a entendu parler du deuxième. Les proteus sont représentés de manière assez classique, à l’inverse des axolotls. Et pour cause, l’une des représentations que Robertina choisit est une parabiose effectuée par Georg Schneider au début des années 1950 à la l’Université de Iéna en RDA ; l’opération consiste à souder les systèmes sanguins de deux organismes, ici deux axolotls, l’un blanc et l’un noir, afin les faire fonctionner au travers d’un seul et même corps. Son but était de tester les limites des capacités régénératives de l’animal. Cet axolotl chimérique aura vécu deux ans et demi. Et c’est précisément les différences de traitement entre le populaire axolotl et le proteus protégé que Robertina tente de mettre en avant de cette façon. Le choix du verre n’est pas anodin non plus, il nous ramène simplement à notre capacité de détourner le regard ou de regarder à travers les choses, autrement dit, d’ignorer volontairement les monstruosités commises par l’être humain sur la nature et ses habitants non-humains, d’autant plus quand ceux-ci sont rarement visibles ou se trouvent dans des endroits inhospitaliers pour l’humain. Pour souligner le caractère paradoxal du sort des animaux de laboratoire, elle choisit de mettre l’accent sur le traitement macabre qui leur est infligé tout en mettant en miroir leur aspect emblématique pour les identités nationales slovènes et mexicaines.

Les cabinets sont modulables et peuvent donc être adaptés en fonction des besoins d’un espace ce qui facilite leur transport et leur installation. Après une première à Ljubljana, l’exposition aura finalement lieu au Centro de Cultura Digital de Mexico City en août 2018, dans le cadre d’une exposition collective organisée par Maria Antonia Gonzalez Valerio et l’équipe de Arte+Ciencia d’UNAM en août 2018, dans une version réduite de Neotenous Dark Dwellers et Dark Drops.

Photo credit : Miha Godec
Photo credit : Miha Godec
Photo credit : Miha Godec
Photo credit : Miha Godec
Photo credit : Miha Godec

En 2019, Robertina a encore une idée qu’elle souhaite mettre en oeuvre ; avec l’aide des compétences de Marko Žavbi pour la création d’odeurs et de parfums, elle développe Odorantur, une machine qui prend la forme d’un globe en verre, dont les mécanismes déclenchent la libération de quatre odeurs spécifiques aux proteus, qui peuvent se mélanger à l’intérieur du globe : l’eau, la boue, la grotte, le proteus même. Les visiteur.rice.s sont invité.e.s à les activer par un système de pistons, et de humer les odeurs par les aérations prévues à cet effet, les emmenant dans un voyage olfactif dans les grottes slovènes. L’artiste attire l’attention sur l’importance de l’odorat pour les proteus, principal moyen pour eux de s’orienter, chasser, et communiquer, qui est se dégrade à mesure que la pollution des eaux augmente. L’accumulation de substances toxiques dans son organisme détériore sa manière de percevoir son propre environement, ce qui va provoquer in fine son extinction totale si les choses continuent de cette façon.
Au mois de décembre la même année, elle publie une capsule vidéo en ligne et un texte édité par Annick Bureaud, dans lequel elle reprends et développe tous les éléments de recherche et y inclut des articles scientifiques de chercheur.e.s slovènes et mexicain.e.s dont Gregor Aljančič, Dr. Magdalena Năpăruş Aljančič, Dr. Maria Antonia Gonzalez Valerio, Dr. Polona Tratnik et bien d’autres.

Photo credit : Miha Godec

Avec l’ensemble de ces installations, Robertina se met en position de conteuse d’histoires, elle met en valeur plusieurs perspectives de la situation des axolotls et des proteus à travers la combinaison d’expériences sensorielles et émotionnelles. Elle traite la double standardisation comme un élément clé à plusieurs niveaux ; que ce soit lié à notre rapport aux créatures plus qu’humaines en tant que cobayes de laboratoires et incarnations de fierté nationale, ou à notre perception du plus qu’humain en général comme une chose acquise et fragile, ou encore aux écosystèmes aquatiques considérés comme étant détachés de l’humain.e et faisant partie de lui/elle. Elle ne cherche pas à pointer du doigt mais plutôt à provoquer une sensation d’urgence tout en soulignant la complexité de la crise écologique, dans la lignée de Morton. La décolonisation est aussi un aspect fondamental abordé par l’artiste, en premier lieu par l’intégration d’une approche pertinente, respectueuse et corrélée dans sa démarche de recherche et de production, et ensuite par le choix de montrer le parallèle entre les révolutions scientifiques menées en Europe occidentale et les légendes de folklore local ainsi que les récits de mythologie indigène. Elle nous rappelle que les vérités sont diverses, que si des “progrès” scientifiques ont eu lieu, c’est au dépens des habitant.e.s humains et non-humains quelque part ailleurs dans le monde, nous ramenant une nouvelle fois à notre relation d'interdépendance à la nature et à nos semblables. L’ article de Mojca Puncer reprend une analyse de Lygophilia sous le prisme du posthumanisme féministe et approfondit la corrélation humain.e / animaux / eaux.

Photo credit : Heidi Jalkh

Le projet, achevé officiellement en 2020, continue de faire parler. Une exposition est accessible au Musée des Arts Décoratifs - Kunstgewerbemuseum de Berlin jusqu’au 5 janvier 2025.

Robertina Sebjanic a choisi d’affirmer son engagement pour la construction d’un futur meilleur par la voie de la narration et de l’empathie. Lygophilia provoque bien plus qu’une simple prise de conscience ; il ouvre la réflexion sur notre responsabilité en tant qu’humain.e.s sur notre environnement et sur la façon dont nous souhaitons poursuivre notre histoire collective.

Crédits Neotenous dark dwellers _Lygophilia, installation (2017/2018)

Artiste

Robertina Šebjanič

Conseil

Annick Bureaud

Avis scientifique

Tular Cave Laboratory (Dr. Gregor Aljančič and Dr. Magda Aljančič)

Soufflage de verre

Pero Kolobarić & Jireh Glass

Construction metallique

Roman B.

Production

Projekt Atol, Sektor Institute, R.Š. Studio Slovenia; Arte+Ciencia (UNAM), Mexico

Crédits Odorantur _Lygophilia, installation (2019/2020)

Artiste, recherche, développement

Robertina Šebjanič

Assistance technique et développement

ScenArt d.o.o.

Création olfactive

Marko Žavbi

Production

Projekt Atol (Uroš Veber) and Museum and Galleries of Ljubljana

Crédits Dark Drops _Lygophilia, sound composition (2017)

Artiste (recherche terrain, montage)

Robertina Šebjanič

Production

Sektor Institut. R.Š.Studio

Crédits Piscis ludicrous / Transfixed gaze _Lygophilia, video essay (2017/2018)

Artiste (Vidéo, montage, son)

Robertina Šebjanič

Conseil

Ida Hiršenfelder

Texte

Robertina Šebjanič avec le soutien d'Ida Hiršenfelder

Voix

Polona Torkar, Matija Drobne

Montage son

Rok Kovač

Correction d'épreuves (anglais)

Paul Steed

Production

Projekt Atol, Sektor Institute, R.Š. Studio, Arte+Ciencia at UNAM

Conseil / Remerciements

CIBAC-UAMX (Centro de Investigaciones Biológicas y Acuícolas de Cuemanco Universidad Autonoma Metropolitana Unidad Xochimilco) team

Dr. José Antonio Ocampo Cervantes & Arturo Vergara Iglesias & Alan Roy Jimenez Gutierrez & Angelina Saldaña

Instituto de Investigaciones Biomédicas UNAM

Dr. Jesús Chimal Monroy & Brianda Berenice Lopez Avina

Arte+Ciencia UNAM team

María Antonia González Valerio & Roberto Rojas Madrid & Dr.Luis Zambrano (El Laboratorio de Restauración Ecológica UNAM) & Alejandra Ramos (UNAM)

REPSA

Francisco Martinez Perez a Secretario Auxiliar de la Cantera Oriente

et...

Pedro Soler
Transitio_MX festival at CENART
MG+MSUM
Tzintia Mendoza