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Art, Science, et folklore de Transylvanie

Diane Pricop
28.10.22

Avec seulement deux ou trois pays qui la séparent de l’occident, la Roumanie a conservé son caractère naturel, donnant presque l’impression par endroits qu’elle s’est arrêtée dans le temps il y a très longtemps. Sa faune et flore sont riches, et elle abrite la plus grande population d’animaux sauvages en Europe. Son histoire est cependant très complexe ; elle se situe à un carrefour de peuples et de cultures, où langues et alphabets se croisent, et où légendes et folklores se mêlent. Les mythes sont ancrés dans la culture orale, ils se transmettent de génération en génération et c’est dans les zones rurales que les peuples continuent de vivre ces histoires au quotidien ; la Transylvanie en est un parfait exemple.

Avant de se lancer dans son nouveau projet, Zalán Szakács fait quelques recherches sur le système de croyances local. Parmi ses références, le travail de l’ethnographe et folkloriste Éva Pócs, qui s’intéresse aux narrations des peuples catholiques parlant hongrois dans les villages roumains tels que Ghimes. Il prend connaissance des histoires miraculeuses et des superstitions, et comprend que paganisme et religion se confondent avec subtilité. Lors de son voyage, il cherche à rapprocher ces connaissances théoriques de la réalité ; il met un point d’honneur à privilégier les récits des habitant.e.s qu’il rencontre sur son chemin.

Bien que certains personnages aient des points de vue plus ou moins rationnels, plusieurs histoires sur la forêt reviennent et Zalán en retient quelques unes ; certain.e.s aperçoivent parfois une lueur au dessus des marais, d’autres avertissent que l’esprit d’une jeune femme rôde dans la forêt et rend les hommes fous, d’autres parlent du mauvais oeil.
Dans le folklore européen, ces lueurs sont des esprits de la forêt communément appelés “will-o’-the-wisp” (feu follet), souvent mal intentionnés qui cherchent à conduire les voyageurs à leur perte. En Transylvanie particulièrement, on l’associe à un démon, Lidérc en hongrois, capable de s’introduire chez les habitant.e.s pour apporter malheur et éventuellement la mort. Quant au mauvais œil, bien qu’on le retrouve partout dans le monde, chaque peuple a ses rituels spécifiques ; dans la province de Ghimeș, à la frontière entre la Transylvanie et la Moldavie, les parents ou ancien.ne.s salissent le visage de leur enfants avec du charbon ou de la mamaliga (un plat à base de polenta) afin que le mauvais oeil ne les atteignent pas.

Pourtant, chaque mythe est lié à un phénomène qui peut s’expliquer par les sciences physiques ou humaines. La lumière associée au Lidérc résulte d’une réaction chimique naturelle. La bioluminescence est causée par l’émanation de composés chimiques pouvant provenir d’animaux en décomposition par exemple, et venant au contact de l’oxygène.
La fille de la forêt, ou Fata Pădurii (à ne pas confondre avec Muma Pădurii, la mère de la forêt), est une histoire effrayante, un phénomène tout aussi commun que le précédent ; elle empêche ceux et celles qui osent s’aventurer de partir trop loin et de se perdre. En Transylvanie les hivers sont longs, les nuits froides, les bêtes sauvages rôdent et les conditions de vie peuvent être dures. Contrairement aux pays occidentaux, les forêts sont laissées en l’état quand elles ne font pas l’objet de déforestation, et dans un environnement rural peu développé, la peur est un outil efficace pour préserver la sécurité des villageois.es.

Le mysticisme et les rites sont à la mode dans les domaines art science, et des nouveaux médias. Zalán l’explique par notre besoin inconscient de se lier les uns aux autres, et de renouer avec nous-mêmes. La magie et plus largement la spiritualité, est une des choses les plus intimes que nous ayons en nous. Nos croyances caractérisent notre besoin instinctif d’appartenance, et nos histoires personnelles, quand elles sont partagées, deviennent parfois les légendes qui s’inscrivent dans la mémoire collective.

Nous vivons dans une ère trouble ; aujourd’hui, plus que jamais, les mythes jouent un rôle essentiel dans la reconnexion à la nature et l’humanité.

Grâce aux artistes comme Zalán Szakács, nous pouvons continuer de les découvrir et de les vivre, à travers leurs yeux et avec poésie.

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