The Lights Which Can Be Heard

Projet

Aussitôt ce clavier, zébré d’or et d’agate,
Se change en un rideau dont la blancheur éclate,
[…]
Quel est ce voile étrange ou plutôt ce prodige ?

Cet extrait du poème L’aurore boréale écrit en 1904 par le canadien William Chapman résume assez bien l’impression que l’on se fait du phénomène. Lumières dansantes dans le ciel, leur aspect énigmatique fascine, et nourrit notre imaginaire sur les mythes et traditions des peuples du Nord. Difficilement capturable, nous ne sommes pas nombreux à avoir l’occasion d’assister à ce spectacle, mais pour le peu qui ont cette chance, certain.e.s seraient capable d’en percevoir le son ; est-ce réel ? Les aurores boréales émettent-elles du son ? Dans son projet The Lights Which Can Be Heard, Sébastien Robert nous transmet sa vision, et nous immerge dans les confins des fjords norvégiens.

L’idée émerge de son intérêt pour les peuples Sàmi ; Logé.e.s sur les terres du Nord allant de la Suède à la Russie, ils.elles sont considéré.e.s par l’ONU comme les derniers peuples indigènes et nomades en Europe. Nous en avons entendu parler dans l’actualité pour leur triste sort face aux géants industriels qui envahissent leurs territoires pour les richesses naturelles. Une fois de plus témoin d’une histoire qui se répète, Sébastien entame des recherches sur leurs rituels et traditions musicales, susceptibles d'être éclipsés dans le temps. 

Il commence par trouver des écrits sur les rituels Sàmi impliquant minéraux présents dans les sous-sols de l’Arctique, et aurores boréales. En langue sami, le phénomène est appelé ‘guovssahas’, ce qui signifie littéralement “lumières qui peuvent être entendues” ; Sébastien se rendra sur place pour rechercher des données autour du son émis par les aurores boréales, et étudier les traditions locales liées au sujet. L’idée séduit , et il est sélectionné pour un STRP ACT AWARD 2022, ce qui lui permet de planifier son voyage sur le terrain. 

Sébastien repère le centre spatial sur l’île d’Andøya en Norvège, et entre en contact avec leur équipe en vue d’une éventuelle collaboration sur la partie scientifique de son travail. Il apprend alors que les aurores boréales appartiennent au domaine spatial, donc militaire, les données collectées ne seront pas communiquées. Sans baisser les bras, Sébastien retourne aux livres, mais cette fois se focalise exclusivement sur les aurores boréales.

En partenariat avec la Bibliothèque Royale à La Haye, il bénéficie d’un accès privilégié aux archives et tombe sur un ouvrage qui deviendra sa future bible : Northern Lights, From Mythology to Space Research. Un chapitre attire son attention : il relate les récits de personnes qui les entendent, et les recherches scientifiques liées. L’ouvrage publié en 1983 est non-concluant sur le sujet, mais c’est suffisant pour donner une lueur d’espoir à notre artiste. Plus il avance, plus les témoignages se multiplient ; à travers les siècles et dans différents lieux sur la planète, des individus ont entendu des sons à la vue d’aurores boréales et leurs descriptions sont incroyablement cohérentes. 

L’histoire nous apprend que ce n’est qu'après la Seconde Guerre mondiale que des théories, formulées dans les années 1920, refont surface. L’une d’entre elles, sur laquelle Sébastien se penche sérieusement, est que les ondes électromagnétiques VLF (very low frequency, ou à très basse fréquence) produites par les aurores pourraient être perçues par l’oreille humaine par l'intermédiaire d’éléments naturels. 

Pour mieux comprendre, prenons la définition résumée d’une onde radio : c’est une onde électromagnétique produite par des charges électriques qui se déplacent dans l’air à très grande vitesse. Quand elles bougent, elles oscillent plus ou moins vite dans le temps. La fréquence est définie par le nombre d'oscillations en une seconde (mesurée en Hertz), et par la distance qui les sépare. Les ondes sont classées en fonction de leur fréquence dans le “spectre électromagnétique”. Le terme radio définit une catégorie d’ondes dans ce spectre. Nous avons tendance à penser que les ondes radio sont une invention humaine, or elles existent depuis la nuit des temps. De nombreux phénomènes naturels (éclairs, vents solaires, aurores boréales) viennent perturber le champ magnétique de la terre et ainsi créer des ondes électromagnétiques. 

Jusqu’à preuve du contraire, nous ne pouvons pas entendre les ondes radio directement, il nous faut un dispositif pour traduire les ondes en son. La théorie nous dévoile que certains éléments dans la nature seraient un moyen de faire cette traduction sonore. Mais avant d’aller trop loin, Sébastien souhaite vérifier la première partie de la théorie et se procure un récepteur qui va lui permettre de capter les ondes. 

Maintenant installé sur l’île d’Andøya pour trois semaines de résidence, Sébastien explore son terrain, fait des randonnées jour et nuit. La première difficulté est de trouver le bon endroit pour se poster et attendre, il ne doit pas s’éloigner de sa base au cas où il doit partir sur le terrain en urgence, mais doit être suffisamment loin pour ne pas capter les ondes créées par une quelconque activité humaine. Car n'importe quel appareil électronique crée des ondes VLF, et pour les éviter, il faut s’en éloigner de 2 voire 3 km. Il finit par trouver un spot à 45 minutes de marche. La seconde difficulté est d’ordre naturel ; nous sommes en octobre 2021, une période intermédiaire qui devrait permettre à Sébastien de faire ses recherches de jour comme de nuit, seulement, les prévisions géomagnétiques ne sont pas favorables. Mais dans la nuit du 11 au 12, une tempête géomagnétique éclate, Sébastien prépare son matériel et passe la nuit dans la montagne à enregistrer, avec succès, les aurores boréales. 

La rencontre avec les peuples autochtones aura représenté un obstacle de plus pour l’artiste qui, pour la première fois de sa carrière, est parti seul dans cette expédition. C’est pendant la dernière semaine de résidence, en tant qu’invité du Insomnia festival, qu’il a l’occasion d’attirer l’attention sur son projet et de rencontrer quelques intéressé.e.s qui répondent à ses questions : contrairement à ce que laissaient entendre les écrits étudiés pendant la genèse du projet, le terme “guovssahas” n’est en réalité qu’une légende urbaine, et les aurores boréales n’ont qu’une place symbolique moindre dans la culture Sàmi. Mais si leur son est une réalité bien connue des habitant.e.s des différentes régions de l'Arctique, et fait l’objet des récits des aïeux, Sébastien n’a rencontré personne l’ayant vraiment vécu.

Sébastien rentre au Pays-Bas, et continue ses recherches sur les minéraux qui ont la propriété de changer une énergie en une autre, pour faire la fameuse traduction : les cristaux piézoélectriques, les quartz principalement ; ils sont porteurs d’une charge électrique et réagissent à la pression mécanique. C’est la raison pour laquelle ce minéral est très recherché pour le bon fonctionnement de nos appareils électroniques. 

En vue de la présentation de son projet au STRP festival de Eindhoven, Sébastien travaille sur la manière de connecter tous ces éléments. Nous aurons le loisir de découvrir une installation immersive et interactive, un jeu de sons, lumières et perceptions, autour d’un sujet toujours ouvert à débat en 2022. 

Quant aux témoignages d’expériences, la partie n’est peut-être que remise ; Sébastien retourne en Norvège installer une antenne permanente sur le site, et en parallèle, lance un appel à témoins à travers une exposition en ligne à la AyarKut Foundation en Russie. 

Nous ne pouvons pas tout nous expliquer, et les mythes naissent de ces lacunes. Sébastien Robert ne cherche pas à les combler, il nous ouvre une voie artistique; une alternative entre science et intuition, le tout, en poésie.

Artiste
Sébastien Robert

Commandé par STRP Festival 
Avec le soutien financier du Dispositif pour la Création Artistique Multimédia et Numérique (DICRéAM), et Stroom Den Haag.  
Initiée pendant le programme de résidence Arctic Wave 
Sous la supervision artistique de Jean-Emmanuel Rosnet 
Avec l'appui intellectuel de The Royal Library of the Netherlands, Njål Gulbrandsen (Tromsø Geophysical Observatory), Fiona Armery (University of Cambridge), Rob Stammes (Polarlightcenter), Harald Gaski (The Arctic University of Norway), Hans Ragnar Mathisen, Matti Aikio.

Artiste

crédit photo : Charlotte Brand

Je ne vais pas changer le monde. Je suis là en tant qu’artiste à essayer d’apporter une autre perspective; telle est la philosophie de Sébastien Robert, artiste et chercheur. Porté par sa passion pour la musique et la photographie, il part à la rencontre de peuples indigènes à travers le monde, et se dédie à la recherche des rites et traditions musicales ancestrales en danger. Nous pouvons supposer que se consacrer à cette vaste tâche est une vocation de longue date, ou bien un rêve d'enfance pour l’artiste, mais la réalité est autre ; un événement bouleverse le cours de son existence…

Malgré un penchant naturel pour les arts sonores et visuels, Sébastien mène un parcours académique plutôt classique ; arrivé aux études supérieures, il quitte sa Nantes natale pour Lyon, où il entre en école de commerce. Ses études ne l’emballent que très peu, et il se sent vite coincé dans un système dont la seule échappatoire est la musique électronique, un premier tournant pour lui. La vie nocturne lyonnaise est effervescente, il découvre clubs, soirées, festivals, qui lui ouvrent peu à peu la voie des arts numériques. 

En 2013, Sébastien, comme beaucoup d’étudiant.e.s en école, est amené à faire un semestre à l’étranger et part quatre mois pour Taipei, à la suite desquels il fait du volontariat humanitaire dans un orphelinat à Katmandou pendant les deux mois restants. 
Durant ce second séjour, il loge chez une famille tibétaine, faisant partie d’une communauté autochtone originaire de la vallée de Langtang dans l’Himalaya, et immigrée au Népal depuis plus de 400 ans. La famille se prend d’affection pour lui, et l’invite à assister à un festival traditionnel de leur culture unique dont les coutumes ne sont connues que par une poignée de personnes. Niché dans le village de Kyanjin Gompa, quelque part entre le Népal et le Tibet, Sébastien passe une semaine à assister aux prières dans les monastères, attraper le yak, tirer à l’arc, observer chants, danses et rituels.. Et pour la première fois, il photographie ce qu’il voit, et enregistre ce qu’il entend ; c’est là le lieu de naissance de sa pratique artistique. Mais à ce moment précis, Sébastien ne le sait pas encore.

crédit photo : Pieter Kers

Avec le temps, notre artiste saisit diverses opportunités professionnelles, il part notamment pour La Haye en 2014 faire un stage dans un festival d’arts numériques. Il s’ouvre de plus en plus aux pratiques artistiques liées à la technologie, et plus largement encore à la science. En France comme à l’étranger, il se familiarise au marché du travail dans ce domaine et à la fin de ses études, il s’engage auprès du Mirage festival à Lyon ou encore FIBER festival à Amsterdam. 

Mais le 25 avril 2015, un événement effroyable fait frémir la planète : une série de séismes frappe violemment le Népal ne laissant que des villes en ruine et des milliers de mort.e.s. Sébastien apprend alors qu’un glacier s’est effondré dans la vallée du Langtang, emportant sur son passage le petit village au festival unique. Il n’y aura eu que deux survivant.e.s. 
En un claquement de doigts, c’est une culture entière qui disparaît, et avec elle, son dialecte, sa musique, ses traditions… À cet instant, tout ce qu’il en reste, ce sont les photographies et les enregistrements de 2013, et les souvenirs d’une aventure humaine. Sébastien est sous le choc. 

Ses réflexions le mènent au constat suivant : des catastrophes vont se multiplier avec le temps, qu’elles soient naturelles ou non, des cultures aux quatre coins du monde sont en voie de disparition. L’idée d’aller sur le terrain pour aller faire de la recherche sur ces cultures musicales indigènes en danger est née. 

Il commence à développer sa pratique artistique en parallèle de son travail dans la culture, mais plus le temps passe, plus son travail d’artiste prend de l’ampleur et il décide de s’y dédier entièrement. En 2018, il intègre le Master Art Science entre le Conservatoire Royal et l’Académie royale des beaux-arts de la Haye. Le choix du cursus n’est pas anodin ; pour Sébastien, il ne s’agit pas seulement de documenter des traditions musicales et sonores d’une culture en disparition, ni même d’en résoudre les problèmes liés, l’enjeu est beaucoup plus subtil. 

crédit photo : Charlotte Brand

Sébastien cherche plutôt à les préserver d'une façon inaltérable et inaliénable ; il récolte des matériaux propres aux régions et symboliques aux cultures qu’il visite, en vue de les transformer ensuite en support aux enregistrements. Pour aller plus loin, les matériaux sélectionnés ont une durée de vie bien plus longue qu’une cassette audio, ou un fichier numérique, car Sébastien cherche à inscrire la musique et les sons dans l’éternité. Pour lui, se contenter de faire l’état des lieux de la disparition, c’est minimiser la complexité du phénomène. Il faut aussi en comprendre les causes. 

Il entame un cycle de recherches qu’il nomme You’re No Bird Of Paradise en hommage au compositeur Terry Riley ; lors de son premier voyage, il part rencontrer les musiciens Pleng Arak au Cambodge, qui pratiquent un rituel chamanique de guérison par la musique. Celle-ci ne doit être écoutée que dans ce contexte particulier, alors Sébastien code les enregistrements, et les fait graver dans des tablettes de grès. Pour le projet suivant, il s’envole au Chili dans la région d’Araucanìa, où il cohabite avec le peuple Mapuche . Frappés de plein fouet par le réchauffement climatique et l’expropriation des terres par le gouvernement, Sébastien parvient à inscrire les rythmes de tambour ancestraux dans la sève d’un arbre sacré par un procédé de cristallisation sensible. Enfin, dans son dernier projet que nous connaissons, il nous montre que plus nous développons nos canaux de communication, plus nous perturbons les ondes radio naturelles produites par les aurores boréales, qui risquent à leur tour de s’éteindre. Et la visualisation devrait se faire en lumière! 

Ses œuvres se présentent généralement sous forme d’installations immersives, elles sont le résultat de la collecte d’informations, d’une part ses propres recherches, et d’autre part, l’expérience humaine sur le terrain. Jusqu’ici, tout semble simple, mais sa façon de travailler est particulière ; les recherches préliminaires restent minimes dans le but de ne pas biaiser son expérience. La partie centrale sont les rencontres sur place, et il se laisse la liberté de dévier le sujet initial. Quand il rentre de ses expéditions, Sébastien reprend les recherches pour trouver le ou les procédé(s) scientifique(s) adéquat(s) afin réaliser la transformation de ses enregistrements, en médium artistique. Et à chaque fois, le résultat est surprenant. 

À chacun de ses voyages, Sébastien revient avec une autre façon de voir les choses, apprise chez ses hôtes. En tant qu’artiste, il se remet continuellement en question, s’efforce de trouver le bon équilibre entre les savoirs indigènes et les méthodes cartésiennes occidentales, et les met en perspective à travers son travail. 

Toutes ses expériences auront eu un impact fort sur Sébastien, mais c’est sans compter la liberté qu’il s’est accordé sur ses choix de vie ; l’école de commerce lui aura enseigné comment s’armer pour gérer des projets complexes, et une catastrophe naturelle à l’autre bout du monde l’aura poussé à repenser sa carrière. Le village a depuis été reconstruit, les jeunes générations ont pris le relais.

crédit photo : Charlotte Brand

Son parcours nous montre surtout comme un événement tragique peut finalement devenir le moteur de changement positif. Comme dirait Walter Benjamin, il faut organiser le pessimisme

Sébastien Robert pense qu’il ne va pas changer le monde. Pourtant, il apporte une autre perspective et inspire celles et ceux qui la découvrent. C’est la première étape. 
Mais à ce moment précis, il ne le sait pas encore.

Artiste
Sébastien Robert

Commandé par STRP Festival 
Avec le soutien financier du Dispositif pour la Création Artistique Multimédia et Numérique (DICRéAM), et Stroom Den Haag.  
Initiée pendant le programme de résidence Arctic Wave 
Sous la supervision artistique de Jean-Emmanuel Rosnet 
Avec l'appui intellectuel de The Royal Library of the Netherlands, Njål Gulbrandsen (Tromsø Geophysical Observatory), Fiona Armery (University of Cambridge), Rob Stammes (Polarlightcenter), Harald Gaski (The Arctic University of Norway), Hans Ragnar Mathisen, Matti Aikio.

Perspectives

À l’aube de la Grande Guerre, la Norvège n’est considérée que très peu dans les relations internationales. Le pays acquit même un statut de neutralité, au même titre que la Suisse, après de longues négociations menées par les grandes puissances européennes. Celles-ci, dans une logique colonialiste, dominent le monde entier et contrôlent tous les domaines de la connaissance, allant des sciences aux arts. 
Certains travaux ne sont donc pas considérés à leur juste valeur, et la science dite occidentale, basée sur des méthodes cartésiennes, prévaut sur toutes autres formes de savoirs, indigènes inclus.

Kristian Birkeland, physicien norvégien de renom, parvient à expliquer le phénomène des aurores boréales en 1897, et à les reproduire, puis passe le restant de sa vie à étudier les courants électriques atmosphériques. Pourtant, son travail n’est pas reconnu par la communauté scientifique internationale jusqu’en 1957, date à partir de laquelle les explorations spatiales se multiplient et l’observation des phénomènes auroraux avec. C’est également pendant cette période que les théories oubliées sur le son émis des aurores boréales refont surface ; avant cela, l’idée d’entendre un son provenant de 100 km de hauteur tombe dans le déni. 

Sébastien Robert retient trois théories, et base son travail artistique sur la dernière : 

  • Certains individus sont synesthésiques : capables d’associer plusieurs sens, ils.elles entendent ce qu’ils.elles voient et vice versa. 
  • Quand les aurores boréales sont puissantes, elles créent une décharge électrique à 80 m de hauteur, provoquant un lourd bruit, comme un éclair. 
  • Les aurores boréales sont des radio naturelles, dont le son nous parvient par l’intermédiaire d’éléments naturels. 
crédit photo : Charlotte Brand

À travers ses projets, Sébastien fait dialoguer différentes visions avec différents savoirs. Dans The Lights Which Can Be Heard, nous nous confrontons à plusieurs niveaux de lecture ; entre mythes et histoires des peuples indigènes d’Arctique, la remise au goût du jour d’une théorie scientifique peu recherchée, et l’impact humain sur les phénomènes naturels. Le projet s’inscrit dans une zone grise, un cas de figure idéal pour l’artiste. 

Chaque peuple a sa façon de voir le monde ; les mythes, légendes et autres histoires en témoignent. Sébastien observe d’autres façons d’appréhender le monde, et les met en perspective par rapport à la vision occidentale. Il nous apprend tout d’abord que nous devons faire preuve d’ouverture d’esprit pour essayer de comprendre les autres, et que la manière que nous avons de considérer la Science et le Savoir, peut être fondamentalement différente ailleurs. Si nous pensons acquérir nos connaissances par la lecture ou les échanges humains, certaines cultures considèrent que le Savoir est déjà en nous, il se passe de génération en génération, et nous en déclenchons des parties à travers nos expériences. Ceci explique les cérémonies et rites de passage pour passer à de nouvelles phases de vie. 

Le rapport à la nature est aussi différent ; quand nous disons vivre sur Terre, et penser dominer la nature, d’autres parlent d’en faire partie intégrante. D’où le souhait de Sébastien d’ajouter une dimension liée à l’impact de l’Humain sur la nature dans son travail. Dans le cas des aurores boréales, les ondes radio deviennent de moins en moins lisibles, car brouillées par les lignes de communication, notamment navales dans la région. Elles seraient susceptibles de disparaître avec le temps, et bien que Sébastien ne soit pas le seul à chercher à les enregistrer, il tient à mettre cet aspect en valeur dans son travail. 

Dans certains cas comme celui de Sébastien, nous observons les limites de la recherche scientifique ; les théories persistent mais les recherches ne vont pas plus loin. Aujourd’hui nous parlons d’un débat autour des ondes radio toujours ouvert bien que nous ayons les ressources nécessaires pour répondre aux questions posées. De nouveau, l’histoire nous enseigne que les besoins militaires et économiques vont de pair avec le financement des recherches.

Notre société est toujours basée sur le besoin de maîtriser notre environnement. Grâce aux artistes chercheurs, nous avons accès à des savoirs alternatifs. 

À travers ses projets, Sébastien Robert ne se contente pas de nous faire voyager; il nous guide sur le chemin de l’altérité et nous incite à nous ouvrir à nous-même. 

Artiste
Sébastien Robert

Commandé par STRP Festival 
Avec le soutien financier du Dispositif pour la Création Artistique Multimédia et Numérique (DICRéAM), et Stroom Den Haag.  
Initiée pendant le programme de résidence Arctic Wave 
Sous la supervision artistique de Jean-Emmanuel Rosnet 
Avec l'appui intellectuel de The Royal Library of the Netherlands, Njål Gulbrandsen (Tromsø Geophysical Observatory), Fiona Armery (University of Cambridge), Rob Stammes (Polarlightcenter), Harald Gaski (The Arctic University of Norway), Hans Ragnar Mathisen, Matti Aikio.